Ce premier débat a été organisé à l'initiative de l'équipe d'animation du 10ème arrondissement dans le cadre de la série de discussions lancées sur le thème "Bien-être et questions de sociétés".
Tout d'abord quelques rappels ont été évoqués sur l'évolution du féminisme:

Le féminisme est un ensemble d'idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à promouvoir une équité socio-économique par les droits des femmes et leurs intérêts dans la société civile. Il s'incarne dans des organisations dont les objectifs sont d'abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes. Ces dernières revendiquent ce qu’elle considère être une lacune permanente dans le principe d’égalité à travers l’évolution humaine, sans pour autant nier la singularité liée à la différence des sexes. Pour elle l’homme et la femme sont complémentaires et leur différence ne doit pas être l’occasion de stigmatisation voire de rejet. Ce qui est encore trop souvent le cas en 2011.
Le féminisme en tant que mouvement social et politique n’a pas été uniforme tout au long du XXème siècle. Il a connu plusieurs époques évoluant avec la société.
L’objectif principal de la « première vague du féminisme » est de réformer les institutions, de sorte que les hommes et les femmes deviennent égaux devant la loi : droit à l'éducation, droit au travail, droit à la maîtrise de leurs biens et droit de vote des femmes constituent les revendications principales de cette période. Cela a aussi abouti, vers la fin des années 60 au travail sur les rapports de domination homme/femme, à la construction de nouveaux rapports sociaux entre les sexes. Puis dans les années 80-90 à une tentative de compréhension intelligente sortie des comportements antérieurs particulièrement paternalistes qui continuaient à réduire la femme à un objet moral inférieur, sorte de majeure sous tutelle masculine, tutelle obligatoire selon les codes sociaux usuels du 19ème et 20ème siècle.
Puis le féminisme s’est essoufflé, fragmenté selon les courants sociopolitiques entretenus au travers des diverses récupérations médiatiques. Il s'est parfois radicalisé dans les années 90 hors le consentement de la majorité des féministes, notamment avec des associations du type Chiennes de Garde.
Notre débat a eu pour objectif de discuter sur l'évolution de ces différents types de féminismes au début du 21ème siècle. Il est à noter que ce groupe de discussion comprenait plus d’hommes que de femmes, de tous âges, de l’étudiant de 20 ans au salarié d’âge plus mur Notons qu’aucun retraité n’était présent. Est-ce à dire que les retraités ne se sentent pas ou plus concernés ?
Premièrement comment définir la nécessité du féminisme à encore exister aujourd'hui ?
Il s'agit de conserver les avancées intellectuelles et sociales obtenues dans les années précédentes (indépendance financière, droit à l’avortement, égalité : au moins dans les textes de loi, l’éducation, l’accession aux responsabilités politiques ; traitement adulte des femmes en public et en privé, etc..). C’est à dire ne pas, ou cesser de, régresser.
Les revendications s'étendent à la prévention concernant la violence faites aux femmes, et l’étendue de leur précarisation lorsqu’elles sont dépendantes socialement et culturellement du «pouvoir masculin» usuel en France. Poursuivre et amplifier les efforts engagés au siècle dernier pour la reconnaissance de la femme dans son milieu familial, professionnel et social. En fait plutôt que de revendiquer une égalité à tout prix, quitte à glisser quelque fois vers "l’anti homme" pour certaines, le féminisme progressiste doit ériger la complémentarité homme-femme en valeur, quitte à en redéfinir quelques principes.
Il faut alors souligner que cette complémentarité doit aussi passer par un accroissement de l’effort éducatif et des droits des hommes dans certains domaines :
Ø Son implication consciente et matérialisée dans la prévention telle que les risque de MST ou encore celui de paternité non désirée. Ces risques qui modifient considérablement son existence sans qu’il ait réellement un rôle de décision en l’absence de connaissances ou de pouvoir d’actions concrètes.
Ø L’Évolution de sa propre place dans la société selon ses choix et non pas seulement en fonction de l’image sociale qu’il doit véhiculer selon une majorité normée aux valeurs souvent obsolètes. Combien d’hommes font l’objet de raillerie lorsqu’ils expriment leur désir d’implication familiale, ceci étant considéré comme « non virile » !
Ø Sa place de tuteur et d’élaborateur de progression sociale matérialisée à part entière et non pas seulement au travers de prestations financière ou de décideurs administratif notamment en ce que concerne : le congé paternité ; la reconnaissance dans son rôle de père lors de divorces ; l’adoption monoparentale.
Ce n'est donc qu'en œuvrant pour cet émancipation des hommes que l’accroissement d’une équité associée homme/femme permettra à cette dernière d’exister pleinement dans son milieu social qu’il soit privé ou public.
Le féminisme est donc autant une affaire d’hommes que de femmes !
Ceci nous amène naturellement au questionnement sur les quotas et la discrimination positive. Le débat est beaucoup plus tranché. Si l'on s'accorde pour dire qu'en politique notamment sans les quotas il serait difficile de garantir la présence des femmes (en rappel : avec les nouveaux conseillers territoriaux, la parité va prendre un coup), en entreprise des quotas notamment à l'embauche risquent de ne faire que masquer le problème de formation initiale ou de compétences réelles. Aini, en industrie technique, comment recruter 50% de femmes quand il n'y en a même pas 30% de formées. D’un autre côté les femmes représentent plus de la moitié des élèves de Sciences politiques et l’on est loin du compte une fois les portes de l’école refermées… Il sera nécessaire de véritablement poser cette question des quotas au niveau national, soit pour en rejeter le principe même ou pour adapter son application à certains domaines et dans une période limitée dans le temps. C’est en tout cas un sujet qui continue de faire polémique.
Reste néanmoins la question des postes à responsabilité. Encore une fois il s'agit probablement d'une question à long terme qui pourra être en partie réglée par une éducation plus ciblée, notamment en faisant évoluer l'image de certaines professions et certaines matières enseignée encore trop caricaturée dans l’inconscient et le conscient collectif. Ce qui bien évidemment induit des orientations inadaptées tant au besoin individuel de l'homme et de la femme qu'au besoin collectif de la société.
Un point a également été fait sur le problème de la prostitution en France. Nous sommes en général d'accord pour dire que si ce métier est choisi par la personne, elle devrait avoir le droit de l’exercer, mais avec un meilleur encadrement par l’Etat et la loi afin d’éviter les dérives ; le risques sanitaires, les abus d’exploitants douteux. .. Faut-il dans ce cas se poser la question de réouverture des maisons non pas closes mais de pratiques encadrées . La difficulté réside dans la définition de "métier choisi". Car force est de constater que la prostitution fluctue en fonction de l’économie d’un pays mais également des valeurs morales que porte ce pays. Or la prostitution bien que très prégnante dans les usages nationaux reste encore un tabou dans notre société, un sujet qu’il est malaisé d’aborder sereinement et sans complaisance.
Pour les féministes progressistes qui étaient présentes il y a là pourtant une ambivalence à soulever. Les prostitués qui paient des impôts seraient-elles moins citoyennes que d’autres ?. Il y a une certaine corruption intellectuelle qui nuit à l’émancipation des femmes certes, mais à la majorité des hommes si l’on n’y réfléchie bien.
En conclusion, débat riche dont il serait prétentieux de vouloir tirer des conclusions définitives, mais les personnes présentes s'accordent à dire qu'il faut un féminisme progressiste, qui ne dérive pas vers une critique permanente et stérile, mais qui au contraire prône la responsabilité pleine et entière de chacun quelque soit son sexe ; la défense des droits acquis, la vigilance et la prévention sur les comportement dangereux (violences physique et psychologique, discriminations, économies tendancieuses, refus de traiter l’existant..) une complémentarité des deux sexes, et une égalité professionnelle. Tout ceci peut passer entres autres par :
Ø Une éducation scolaire factuelle en partenariat avec les familles ; une orientation professionnelle adaptée aux potentiels sociaux existants et respectueuse des besoins fondamentaux de la femme & de l’homme ; une éducation sexuelle et sociale réaliste appliquée sans faux semblants.
Ø Une redéfinition des rôles familiaux et notamment un accroissement des droits et des responsabilités assumées par les hommes pour changer les mentalités mais aussi pour qu’ils puissent s’épanouir sans subir des invectives injustifiées de la majorité de leurs paires au 21ème siècle.
Ø Dans certains secteurs professionnels, réfléchir dans une dimension collégiale aux méthodes d’accès aux compétences sans distinction de sexe
Les féministes progressistes s’orienteraient donc aujourd’hui vers une réflexion du pragmatisme social et de la transparence comportementale. Elles ne se contenteraient plus de récupérations électorales ou de publicité sur papier glacé de ce paraître féminin acté, sans qu’il soit vraiment observable au quotidien. Les progressistes ne se satisfont plus de discours pour exister, elles veulent des preuves qu’elles constateront sur le plan comportemental tant concernant les femmes que les hommes.
Au final le bien être des féministes progressistes est indissociable de celui des hommes, sous réserve qu’ils en aient la volonté. Il s’agit donc bien d’un projet évolutif commun à l’aube de ce siècle.